La confiance, entre assurance tacite et opacité à soi : questions pour une clinique phénoménologique

  • Sarah Troubé Université Côte d’Azur, LIRCES, France

Abstract

Dans le champ actuel de la santé mentale, la confiance se trouve aujourd’hui discutée à la fois comme une dimension dont l’atteinte pourrait être commune aux divers troubles psychopathologiques, et comme un facteur essentiel de l’alliance thérapeutique, sous-jacent aux diverses méthodes de psychothérapie. Ces recherches invitent à une analyse plus fine de cette notion, pour laquelle les points de vue clinique et phénoménologique peuvent s’éclairer et s’interroger mutuellement. Cette discussion sera articulée autour de trois questions : celle d’un registre préréflexif de la confiance, qui serait spécifiquement défini par une méthode phénoménologique ; celle d’une fondation empathique de la confiance, qui renvoie aux débats de la psychopathologie phénoménologique sur la notion d’empathie ; et celle de l’opacité structurale à soi-même et à autrui, incarnée par les paradoxes de la confiance, et que nous proposerons de considérer à partir des notions d’attestation et d’identité narrative.



Abstract: “Trust, Between Tacit Self-Confidence and Self-Opacity: Some Clinical Phenomenology Issues”
A large amount of research in mental health care relates to the notion of trust, as a possible common factor in psychopathology, and as a common dimension of psychotherapeutic alliance, underlying the various therapeutic methods. Such hypotheses call for a more detailed analysis of this notion of trust. The paper seeks to shed light on this issue by confronting the clinical and phenomenological approaches. We propose to focus on three issues at stake: 1/ the issue of the existence of a tacit or pre-reflective trust, which can be defined by a phenomenological method. 2/ the issue of a foundation of trust in empathy, which questions the debates about empathy in phenomenological works. 3/ the issue of a structural self-opacity, brought to light through the paradoxical structure of trust, and that we propose to tackle with the notions of attestation and narrative identity.
Keywords: trust, clinical phenomenology, empathy, therapeutic alliance, narrative identity

References

ASSAYAG, L. (2016). « Penser la confiance avec Paul Ricœur », Études ricœuriennes, 7 (2): 164-186.
BEGOUT, B. (2005). La découverte du quotidien. Paris : Allia.
BINSWANGER, L. (1957). Le cas Suzanne Urban : Étude sur la schizophrénie. Trad. fr. J. Verdeaux. Bruges : Desclée de Brouwer.
BLAIZE, J. (2014). « Confiance et ébranlement ». Cahiers de gestalt-thérapie, 2 (33): 83-94.
BLANKENBURG, W. (1991). La perte de l’évidence naturelle. Trad. fr. J. -M. Azorin et Totoyan, revue par A. Tatossian. Paris : P.U.F.
BROWN, P. ET AL. (2009). « Trust in Mental Health Services: A Neglected Concept ». Journal of Mental Health, 18 (5): 449-458.
CASPI, A. ET AL. (2014). « The p Factor: One General Psychopathology Factor in the Structure of Psychiatric Diosorders ? ». Clinical Psychological Science, 2 (2): 119-137.
ELZINGA, B.M. ET AL. (2008). « Diminished Cortisol Responses to Psychosocial Stress Associated with Lifetime Adverse Events: A Study Among Healthy Young Subjects ». Psychoneuroendocrinology, 33 (2): 227-237.
ENGLEBERT, J. (2013). « Quelques éléments en faveur d’une réflexion psychopathologique sur la psychopathie ». Annales Médico-psychologiques, 171 (3): 141-153.
ENGLEBERT, J. et G. STANGHELLINI (2015). « La manie et la mélancolie comme crises de l’identité narrative et de l’intentionnalité ». L’Évolution Psychiatrique, 80 (4): 689-700.
FONAGY, P. ET AL. (2014). « The Role of Mentalizing and Epistemic Trust in the Therapeutic Relationship ». Psychotherapy, 51 (3): 372-380.
FUCHS, T. (2007). « Psychotherapy of the Lived Space: A Phenomenological and Ecological Concept », American Journal of psychotherapy, 61 (4): 423-439.
GALLAGHER, S. (2012). « Empathy, Simulation, and Narrative ». Science in Context, 25 (3), 355-381.
GARETY, P. (1991). « Reasoning in Deluded Schizophrenic and Paranoid Patients: Biases in Performance on a Probabilistic Inference Task ». Journal of Nervous and Mental Disease, 179 (4): 194-201.
GEORGIEFF, N. (2016). « L’empathie dans le processus thérapeutique : agent, moyen ou condition ? ». L’autre, 2 (17): 159-170.
HARTMANN, M. (2015). « On the Concept of Basic Trust ». Behemoth, 8 (1): 5-23.
HENRIKSEN, M. G. (2013). « On Incomprehensibility in Schizophrenia ». Phenomenology and the Cognitive Science, 12: 105-129.
HUSSERL, E. (2004). La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale. Trad. fr. G. Granel. Paris : Gallimard.
JASPERS, K. (2000). Psychopathologie générale. Trad. fr. trad. d’après la 3e éd. allemande par A. Kastler et J. Mendousse. Paris : C. Tchou.
JONES, K. (2004). « Trust and Terror ». In : P. Des Autels and M.U. Walker (eds). Moral Psychology: Feminist Ethics and Social Theory. Lanham, MD: Rowman and Littlefield, 3-18.
LUHMANN, N. (2000). « Familiarity, Confidence, Trust; Problems and Alternatives ». In: D. Gambetta (ed). Trust : Making and Breaking Cooperative Relations. Oxford: University of Oxford, electronic edition, 94-107.
MARZANO, M. (2010). « Qu’est-ce que la confiance ? ». Études, 1 (412): 53-63.
MERLEAU-PONTY, M. (1945). Phénoménologie de la perception. Paris : Gallimard.
ORTEGA Y GASSET, J. (2000). Œuvres complètes I : Qu’est-ce que la philosophie ? Leçons de métaphysique. Paris : Klincksieck.
PIENKOS, E. et L.A. SASS (2012). « Empathy and Otherness : Humanistic and Phenomenological Approaches to Psychotherapy of Severe Mental Illness ». Pragmatic Case Studies in psychotherapy, 8 (1): 25-35.
QUERE, L. (2018). « Confiance et vérité », Conférence prononcée le 28 juin 2018 à l’UQAM. En ligne :
— (2001). « La structure cognitive et normative de la confiance ». Réseaux, 4 (108): 125-152.
RATCLIFFE, M. (2012). « Phenomenology as a Form of Empathy ». Inquiry, 55 (5): 473-495.
RATCLIFFE, M. ET AL. (2014). « What is a “Sense of Foreshortened Future”? A Phenomenological Study of Trauma, Trust and Time ». Frontiers in Psychology, 5: 1026.
RICŒUR, P. (2015). Soi-même comme un autre. Paris : Seuil.
SARTRE, J.-P. (1947). Huis Clos. Paris : Gallimard.
— (1943). L’être et le néant. Paris : Gallimard.
SASS, L.A. et J. PARNAS (2003). « Schizophrenia, Consciousness and the Self ». Schizophrenia Bulletin, 29 (3) 427-444.
SIMMEL, G. (2013). Sociologie, étude sur les formes de la socialisation. Paris : P.U.F.
SCHÜTZ, A. (2008). Le chercheur et le quotidien. Paris : Klincksieck.
STAROBINSKI, J. (1971). Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l’obstacle. Paris : Gallimard.
TATOSSIAN, A. (2002). Phénoménologie des psychoses. Paris : Vrin.
— (1994). « L’identité humaine selon Ricœur et le problème des psychoses ». L’art du comprendre, 1: 99-107.
Published
2019-02-05
How to Cite
TROUBÉ, Sarah. La confiance, entre assurance tacite et opacité à soi : questions pour une clinique phénoménologique. Phainomenon, [S.l.], n. 28, p. 77-102, feb. 2019. ISSN 2183-0142. Available at: <http://www.phainomenon-journal.pt/index.php/phainomenon/article/view/377>. Date accessed: 18 july 2019.
Section
Articles